mécanique

Très présente dans mes images, la voiture est pour moi un déclencheur de récits, d’avant et d’après. Une machine qui peut nous rappeler des souvenirs ou nous faire rêver. Un personnage à part entière qui clame l’appel de la liberté. Et ce personnage est lié aux paysages que je photographie : la ville. Qui elle est indissociable de la voiture. Depuis plus d’un demi-siècle, on l’iconise au cinéma, la vend comme un objet indispensable, un produit esthétique et performant où le design est maître, et pour certains un révélateur social.

Dans ma démarche, elle est alors comme une voiture de cinéma. Jouant toujours sur deux frontières : entre le bien et le mal. Avec la puissance du hors champ et l’absence d’humain sa fonction au sein de l’image est trouble. Impossible de ne pas voir la voiture comme un pion, la ville comme un échiquier. Soit on en sort, soit on y plonge encore plus profondément. C’est cet aspect d’ambiguïté qui est le plus intéressant. La voiture n’existerait pas dans mes propos sans la ville. Et inversement.

Josef Hoflehner rêvait de vivre dans les années soixante-dix avec ses voitures monstrueuses qui étaient reines dans les paysages grandioses d’Amérique. Il a parcouru des milliers de kilomètres pour retrouver ces voitures encore en ‘vie’ dans des paysages marqués par le temps. En résulte une ambiance totalement étrange où l’on ne sait plus vraiment à quelle période nous faisons face.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet attrait envers les voitures, je la dois à mon père. Je devais avoir cinq ans quand il a acheté sa première voiture américaine, une Pontiac Firebird ’93 particulièrement belle, comme hors du temps, un décalage fort entre l’esthétisme classique que l’on pouvait trouver dans nos villes françaises. Alors pourquoi un tel attrait envers cet esthétisme si différent ? Un moyen d’échappatoire ? De poursuivre des sensations que des personnages créaient dans les films ? Ou tout simplement que ces voitures en marge des classiques, conduisent tout simplement à une dimension plus surréaliste. Le pouvoir de ces machines est donc colossale. Au sens pure du terme, elle nous procure justement des sensations que l’on n’oubliera jamais. La chaleur du soleil qui frappe à travers les vitres, les balades nocturnes sous les lumières artificielles, les premiers voyages, la sensation de découverte  mêlée à celles de liberté et de mouvement. D’ailleurs la voiture et la photographie sont bien plus proches que l’on ne le pense. Les deux permettent de voir le monde d’une autre manière.

 

 

Joel Meyerowitz propose une analyse sociale de l’environnement urbain, des transformations sur notre monde que la voiture a impliqué en étant lui même dans une voiture au moment de la prise de vue.

 

 

 

 

 

lucaskozak