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Le virtuel influence ma réalité depuis mon plus jeune âge. Mon imagination joue avec depuis tout ce temps, bien avant le cinéma et la musique. J’ai longtemps parcouru manette en main des tracés au volant de voitures, parcouru des villes américaines avec une bande sonore bien trop pop. Ce qui peut expliquer mes choix aujourd’hui en partie de mon esthétique iconique (le fait de pouvoir nommer des figures perçues comme semblables à la réalité). Car oui les univers virtuels peuvent aussi nous apprendre à regarder différemment.

Depuis quelques années, les univers virtuels ont atteint un degré d’affichage proche du photoréalisme. Les développeurs ont commencé à intégrer très rapidement des modes photos, avec un choix complet de réglages comme sur un vrai appareil photo où ici la taille du capteur n’est rien d’autre que la résolution d’affichage choisie. C’est le seul point encore perfectible pour pouvoir travailler sur les différentes machines et proposer des impressions en très grand format. Mais ce n’est qu’un début, cette limite sera vite oubliée. Depuis la démocratisation de ces modes photos, la photographie in-game a su trouver sa place, et nous questionner sur la photographie et le jeu vidéo à la fois.

 Other Place propose des vidéos de différentes oeuvres vidéoludiques aux travers de panoramas atmosphériques.

Pour mon travail, les univers que je parcours virtuellement sont des mondes ouverts (ou partiellement) dans des lieux urbains. Je cherche toujours un point de tension dans un décor qui semble ordinaire. Comme dans la réalité, je regarde, je parcours différents tracés, à différents moments. Aujourd’hui la série des Grand Theft Auto de Rockstar, les Need For Speed de Ghost Games (par exemple) proposent des villes très crédibles, aux images léchées et surtout vivantes comme une copie d’une ville réelle. Trafic différent selon les horaires et la météo, piétons vaquant à leurs occupations, distance d’affichage de plus en plus grande, et des moteurs graphiques proposant des lumières aux rendus vraiment dingues. La crédibilité atteint un point inimaginable il y a quelques années encore. Les éléments que je recherche dans le réel sont donc présents dans ces œuvres virtuelles, il m’est alors simple d’y copier ma démarche que je travaille dans le réel.

La frontière entre ces « réalités » peut être difficile à cerner avec la photographie in-game et le traitement numérique, Benoit Paillé a travaillé ce sur ce sujet au travers de sa série Crossroads of Reality.

Pourquoi alors vouloir chercher ce qu’il y a dans le virtuel ce qui semble réel, ce que l’on peut avoir au coin de la rue ou lors d’une balade nocturne ?

« Le jeu est une aire intermédiaire d’expérience entre les fantasmes, la fiction et la réalité. »

Donald W Winnicott, Jeu et Réalité

Cela nous permet de réaliser des rêves, des fictions, des fantasmes qui nous suivent depuis notre enfance ou au travers de notre culture cinématographique, littéraire.

Les expériences virtuelles apportent en soi pleins de choses telles que se mettre à la place d’un rôle, ou d’être un acteur dans un monde fabriqué de toutes pièces qui nous fascine. Et certaines œuvres viennent même à répondre à nos exigences réelles, ce qui nous fait peur, ce qui nous donne envie. Et là il suffit de jouer avec notre regard.

Driver, un de mes tout premiers souvenirs avec une manette en main.

lucaskozak